Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, je me livre à Vous comme une proie,
proie de votre conquête, proie de l'amour...
Vous m'avez tant aimé, et vous m'avez vaincu!...
Je suis votre proie. Je l'étais, au sortir de mon néant,
puisque je n'ai pu naître et m'échapper de cet abîme que pour tomber
dans vos bras, mon Créateur! Oh! quelle chute bénie!...
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Je suis votre proie. Je le devins à un titre nouveau et plus sacré,
lorsque ressuscitant de la fontaine baptismale, devenu le temple de votre gloire
et votre enfant bien-aimé, j'échappai à la tyrannie de Satan
pour passer sous votre sceptre pacifique, Père, Verbe, Esprit-Saint!
Je suis votre proie! Ah! oui, à tous les titres, aux titres que vous savez,
et à ceux qu'il vaut mieux que je taise. Vraiment, vous avez voulu être mon partage,
multipliant dans ce but vos miséricordes, vos faveurs, vos trésors.
Ah! oui, que le Seigneur est bon, Quam bonus Dominus!
Je suis votre proie! Je n'ai plus qu'à me laisser faire: Je me livre, je m'abandonne; je suis tranquille, je sais à qui je me fie; il est tout-puissant, qu'il arrange toutes choses selon son bon plaisir; je ne veux que ce qu'il veut: je ne désire que ce qu'Il désire; je ne Lui demande qu'une chose: l'aimer de toute mon âme, mais l'aimer d'un amour vrai, fort, généreux! Ainsi chante ma vie.
Je me livre à Vous comme une proie, mon Dieu, mes Trois!
Je vous renouvelle toute mes oblations, toutes mes livraisons,
tous mes sacrifices, tous mes holocaustes; je me livre à toute votre puissance d'aimer et,
par conséquent, de me dépouiller, de m'arracher à moi-même, pour me revêtir de Vous!
C'est là la vraie consécration de vos élus.
Il me semble que l'Aigle divin veut fondre sur sa petite proie pour l'emporter là où il est, dans la lumière éblouissante; quand le voile tombera, avec quel bonheur je m'écoulerai jusque dans le secret de sa Face!...
Aigle divin, Force de la Trinité immense, saisissez-moi,
emportez-moi, ravissez-moi! Fixez votre regard de Dieu tout-puissant
et tout aimant dans ma prunelle avide, avide de voir,
et abîmez-la dans votre Vérité si fascinante,
dans votre Esprit d'Amour, le Feu consumant!
Livré à Vous, Amour, je ne crains rien, je sais à qui je fais
consécration de mon être; j'ai expérimenté que lorsque vous prenez,
c'est pour rendre au centuple; je livre tout au Dieu
qui récompense avec tant de libéralité.
Prenez mon Dieu, prenez tout ce qui est à moi;
servez-vous de ce don comme on se sert d'une proie.
Prenez surtout mes souffrances, celles du dehors,
celles du dedans. Lorsque je souffre, je sens mes Trois si près de moi
que je suis plus accablée par le bonheur que par la douleur.
Prenez, prenez encore, prenez, toujours! Ô Amour! Amour!
tu sais si je t'aime, si je désire te contempler; tu sais aussi si je souffre;
cependant, trente, quarante ans encore si tu le veux,
je suis prête. Épuise toute ma substance pour ta gloire;
qu'elle se distille goutte à goutte pour ton Église