entree dans le câreme

Réflexion chrétienne
Homelie entrée en carême!
Chers amis,
1) Se mettre en route vers Pâques
Il nous faut nous mettre en route, nous mettre en route
Comme Abraham vers la terre que Dieu lui donnerait
Comme le peuple d’Israël, sortant d’Egypte et traversant le désert pendant 40 ans
Comme Moïse restant pendant 40 jours au Sinaï
Comme le prophète Elie en marche pendant 40 jours vers l’Horeb, la montagne sainte,
Comme les mages guidés par l’étoile à la recherche du roi des Juifs
Comme Jésus s’enfonçant pendant 40 jours dans le désert.
Il nous faut, nous aussi, prendre la route, cette route du Carême qui, pendant 40 jours, nous conduit à Pâques.
Cette marche, qui est la nôtre, n’est pas seulement un temps à traverser pour préparer une fête si sainte soit-elle, mais une aventure spirituelle à vivre, une expérience de renouvellement intérieur, un temps fort où on reprend souffle et dynamisme. Il s’agit d’un temps de restauration personnelle, de recréation de notre être chrétien.
Cette recréation intérieure n’est pas une épreuve sportive où tout résulterait de nos efforts, de nos décisions, de nos orientations de vie mais elle est au contraire liée à une rencontre, celle du Seigneur et à une action, celle de son Esprit en nous. Il s’agit moins de se transformer soi-même que de se laisser transformer par le Christ. Saint Paul nous invite à nous laisser, nous aussi, comme lui, « saisir par le Christ » Si le Carême est une marche qui nous conduit à pleinement célébrer à Pâques la résurrection du Christ, c’est justement parce qu’il nous propose d’accueillir toujours plus profondément en nous, pendant ces 40 jours, cette vie du Christ, cette puissance transformante du Ressuscité. Or, vivre cette puissance de vie du ressuscité, c’est cela vivre son baptême. Etre baptisé, vivre en baptisé, c’est se laisser habiter pleinement par ce dynamisme d’amour et de vie, c’est être libéré du péché pour vivre libre devant Dieu.
Or, reconnaissons-le, nous ne sommes pas en permanence branchés sur le Christ, attentifs à sa présence et son action. Nous avons donc à nous laisser rejoindre par le Christ et à nous laisser rencontrer par lui sur notre route. Ce que Dieu nous demande aujourd’hui, ce n’est pas d’être parfaits, mais d’accueillir celui qui conduit toute chose à leur achèvement. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique écrit : « Le Chrétien sait qu’il n’est pas un juste, mais un réconcilié et on lui demande moins d’être en règle que de se mettre en route ! » (p.523)
Pendant ce Carême, mettons nous donc en route avec cette boussole de l’attention au Christ, de ce Christ qui vient pour nous, qui vient pour chacun d’entre nous.
Nous sommes invités à vivre cette marche à la fois chacun personnellement dans notre vie mais aussi ensemble, nous invitant, nous soutenant, nous relançant les uns les autres. Regardez ces mages qui se mettent en route. Le chemin est long, semé d’embûches, ils ont besoin de le parcourir ensemble. Avec qui allons-nous vivre ce temps du Carême ? A quelle rencontre, à quel temps fort allons-nous participer ? Dans quel groupe ? Dans quelle assemblée ?
A côté de cette démarche en communauté chrétienne, la marche du Carême est aussi personnelle.
Mais que nous est-il proposer comme aides pour avancer ?
2) Les aides pour la marche
Qu’est-ce qui est mis sur notre route pour nous aider à discerner la venue du Christ, la présence de celui qui nous dit dans l’Apocalypse : « Voici que je suis à la porte et je frappe, chez celui qui entend ma voix et qui m‘ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête à tête, lui avec moi et moi avec lui. » (Apocalypse 2, 30) ?
Il y a selon l’Evangile d’aujourd’hui : la prière, le jeûne et l’aumône.
Cette formulation peut nous paraître très vieillotte et sujette à caution. Pourquoi avoir mis ensemble ces trois éléments ? Ne sommes-nous pas devant des éléments très marqués culturellement, importants dans la vie juive à l’époque du Christ ? Certes, il y a là des manières de vivre qui sont très liées à la société juive de l’époque du Christ. Mais, il n’y a pas que cela. Je crois que ces pratiques proposées sont d’actualité et je pense qu’il existe un lien profond entre elles qu’il est important de prendre en compte. Tous trois nous invitent à dégager un espace dans nos vies, à faire du vide pour que la rencontre avec l’autre soit possible.
Nous avons tous fait l’expérience que quand on est plein de soi, de ses désirs, de ses besoins, de ses projets, de ses intérêts, de ses préoccupations et de ses soucis, on n’est pas disponible pour les autres. On les croise, mais on est pris par autre chose. On les entend mais on ne les écoute pas. On sent bien d’ailleurs quand l’autre n’est pas disponible. Il nous arrive nous aussi de ne pas l’être. Pour être disponible, pour être à l’écoute, pour être accueillant, il y a donc un espace à libérer.
Libération vis-à-vis de son temps, de ses habitudes, de son rythme habituel de vie, de son argent, de tout ce qui nous appartient et qui risque parfois de nous ligoter, de nous emprisonner.
1) La méditation et la prière libèrent un espace pour Dieu, pour l’accueillir, l’écouter. Elles permettent aussi, de façon surprenante de mieux retrouver les autres, de mieux se retrouver soi-même en profondeur.
2) Le jeûne nous questionne sur notre relation aux choses, sur nos dépendances, nos esclavages possibles (alimentation, consommation, manière de vivre notre relation à notre environnement, notre relation au temps : on court tout le temps….) L’expérience spirituelle vient nous rappeler qu’il y a un lien entre le jeûne et le désir spirituel. En général, les « repus » dans la Bible sont peu disponibles à Dieu et aux autres. Comme dit Péguy : « ils ne mouillent pas à la grâce ».
3) L’aumône, c’est le partage, c’est la relation fraternelle dans nos vies, c’est l’attention aux autres, le type de regard que je porte sur eux, c’est l’aptitude à se laisser déranger, parfois bousculer par eux. Il y a un lien entre la prière et le partage, entre la relation à Dieu et la relation aux autres. Saint Paul nous dit : « Que la Parole du Christ habite parmi vous dans toute sa richesse » non sans avoir précisé avant : « Revêtez-vous donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres…pardonnez-vous mutuellement. Comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’Amour, c’est le lien parfait. Que règne en vos cœurs la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. » (Col. 3, 12-15)
On comprend alors que le Carême soit un temps d’entraînement, de conversion, de combat spirituel. Car, le vieil homme en nous dit saint Paul, l’homme qui n’a pas envie de se convertir, résiste, renâcle, trouve que trop c’est trop, a envie d’arrêter la marche, de quitter la route, de s’arrêter en chemin, même si on est bien parti.
Alors, me direz-vous : qu’est-ce qui va nous aider dans cette marche, dans cette progression, dans cette démarche de conversion et de combat spirituel ? Eh bien, fondamentalement, c’est le décentrement que propose le Carême, c’est le regard porté sur le Christ, c’est l’attention à sa présence, c’est l’accueil aimant de son Esprit au cœur de nos vies.
3) Les rendez-vous du Ressuscité
Il y a trois lieux où le Seigneur vient tout particulièrement à notre rencontre, nous donne un signe de sa présence et se communique à nous, trois lieux où, comme les mages, nous pouvons venir l’adorer.
1) l’écoute de l’Ecriture comme Parole de Dieu
Le contact croyant avec l’Ecriture vient nous révéler le vrai visage de Dieu. Celle-ci nous dit qui Dieu est pour nous et ce que nous sommes pour lui. Elle vient nous révéler à quel point nous sommes aimés et à quel point nous pouvons nous appuyer sur cet amour de Dieu. Elle est école de confiance, d’espérance, de renouvellement intérieur. L’Evangile nous appelle à cette rencontre cœur à cœur avec le Christ : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mat. 11, 28-30)
L’Evangile est l’école de l’amour, le lieu de l’apprentissage de cet amour, le lieu de la communication de cet amour. Laissons cette Parole de Dieu produire des fruits en nous. Vous ferez l’expérience de sa fécondité dans vos vies : « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la Parole qui sort de ma bouche. Elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission…. » (Is 55, 10-11)
En cette année, où le diocèse vit une année de la Parole de Dieu n’hésitons pas à exposer nos vies au risque de la Parole !
2- L’Eucharistie
L’Eucharistie nous est proposée comme ce lieu par excellence où le Ressuscité convoque les siens, les associent à son sacrifice d’amour, à sa dynamique d’une vie donnée, d’une vie livrée, en fait les membres de son corps et les envoie en mission dans le monde. Pour moi, la messe est le lieu du ressourcement, du pain pour la route, de la force pour aimer. Elle est ce creuset où nous sommes invités, nous aussi, avec le Christ à donner notre vie, à vivre notre existence sous le signe du pain livré, sous le signe du don et du partage.
3 – Le Pardon
Durant ce Carême et dans cette mise en route d’aujourd’hui il nous est proposé de célébrer le sacrement de Pénitence et de Réconciliation. Là aussi, célébrer ce sacrement, c’est vivre une rencontre avec le Ressuscité, avec celui qui vient à nous et nous offre son pardon. Vivre ce sacrement, ce n’est pas regarder nos pieds pour considérer la boue qui entoure nos souliers, c’est regarder le Christ, ou plus exactement se laisser regarder par lui. Ce regard du Christ est un regard lucide, un regard d’amour et un regard d’espérance. Jésus ne triche pas avec le péché, il ne minimise ni ne relativise le mal qui a été fait, mais il n’enferme jamais quelqu’un dans ce qu’il a fait. Il ne l’emprisonne jamais dans son passé. Il l’appelle à repartir et lui réouvre un avenir. Le sacrement de pénitence et de réconciliation nous fait goûter à quel point nous sommes aimés et appelés à aimer.
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C’est vraiment le sacrement de l’espérance. N’hésitons pas à répondre à cette invitation que saint Paul adresse aux chrétiens de Corinthe : « Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ et par nous, c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu…Nous vous invitons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu. Car il dit dans l’Ecriture : au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je suis venu à ton secours. Or, c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut. » (2 Cor 5, 20 – 6, 2)
Que ce pardon reçu nous désencombre d’un certain nombre de poids qui alourdissent notre marche.
Qu’il nous donne de partir d’un pied plus léger sur cette route vers Pâques, qui s’ouvre devant nous aujourd’hui. Amen.
X Jean-Pierre RICARD
Archevêque de Bordeaux

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